Qu’est-ce qu’une mise en demeure de justifier une absence ?
C’est un courrier par lequel l’employeur constate une absence, en rappelle les dates, et demande au salarié de la justifier dans un délai déterminé. Il repose sur une obligation contractuelle simple : le salarié doit se tenir à disposition de l’employeur et signaler toute absence, selon les modalités fixées par le contrat, le règlement intérieur ou la convention collective.
Une absence injustifiée de salarié n’est pas nécessairement fautive. Un arrêt de travail égaré par les services postaux, une hospitalisation en urgence, un accident empêchant toute communication - ces situations existent. Le courrier de mise en demeure de justifier l’absence injustifiée d’un salarié doit rester strictement factuel tant que les faits ne sont pas établis.
Deux régimes coexistent désormais et il faut choisir. La mise en demeure ordinaire demande des explications et prépare, le cas échéant, une procédure disciplinaire. La mise en demeure prévue à l’article R. 1237-13 du Code du travail vise expressément à faire jouer la présomption de démission : elle enjoint au salarié de justifier son absence et de reprendre son poste, dans un délai qui ne peut être inférieur à quinze jours, et doit l’informer des conséquences encourues.
Quand envoyer cette mise en demeure de justifier une absence ?
1. Après plusieurs jours d’absence sans nouvelle
Un retard isolé ou une journée d’absence s’explique le plus souvent par un simple appel. Il n’y a aucun intérêt à formaliser trop tôt : un courrier recommandé envoyé au premier jour d’absence est perçu comme disproportionné et détériore inutilement la relation.
En revanche, dès que l’absence se prolonge sur plusieurs jours sans nouvelle malgré une tentative de contact, l’écrit s’impose. Il fixe une date certaine, prouve la diligence de l’employeur et ouvre la voie aux étapes suivantes.
2. En l’absence d’arrêt de travail transmis
Le salarié qui se déclare malade doit transmettre son avis d’arrêt de travail dans le délai prévu par le contrat, le règlement intérieur ou la convention collective, souvent quarante-huit heures. Passé ce délai sans réception, la mise en demeure permet de le réclamer formellement.
Reste prudent sur la qualification. Un arrêt transmis hors délai, mais couvrant bien la période, justifie l’absence même s’il constitue un manquement distinct au regard des obligations de transmission. Ne traite pas un retard d’envoi comme une absence injustifiée.
3. Avant d’envisager une sanction disciplinaire
Une sanction ne peut jamais être prononcée sans avoir mis le salarié en mesure de s’expliquer. La mise en demeure remplit précisément cette fonction préalable : elle recueille la version du salarié avant toute décision.
Sanctionner une absence sans avoir sollicité d’explication est l’erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. Devant le conseil de prud’hommes, l’employeur qui n’a produit aucun courrier de demande de justification se trouve en position très défavorable, quelle que soit la réalité de l’absence.
4. Lorsque l’employeur entend faire jouer la présomption de démission
La mise en demeure est ici une condition de fond du dispositif. L’employeur qui constate un abandon volontaire de poste et souhaite invoquer la présomption doit mettre le salarié en demeure, par lettre recommandée ou remise en main propre contre décharge, de justifier son absence et de reprendre son poste.
Le délai fixé ne peut être inférieur à quinze jours. Le Conseil d’État a par ailleurs jugé, en décembre 2024, que la mise en demeure doit informer le salarié de ce qu’il risque d’être considéré comme démissionnaire s’il ne reprend pas le travail sans motif légitime. Cette mention conditionne désormais la régularité de la procédure.
Comment rédiger la lettre correctement ?
Étape 1 : Rappelle les dates d’absence constatées
La lettre indique précisément les journées d’absence, du premier jour concerné jusqu’à la date de rédaction du courrier. Ce constat doit être vérifiable : relevés de pointage, plannings, feuilles de présence.
Mentionne également les démarches déjà entreprises : appels téléphoniques, messages, emails restés sans réponse, avec leurs dates. Cette chronologie démontre que l’employeur a cherché à joindre le salarié avant de formaliser.
Conseil d’expert : Vérifie tes plannings avant d’écrire. Une absence qui recouvre en réalité des congés validés, une récupération accordée ou une journée de formation oubliée transforme la mise en demeure en faute de l’employeur, et le salarié aura beau jeu de le rappeler.
Étape 2 : Demande la justification sous un délai précis
Le courrier demande la production des justificatifs et fixe un délai chiffré. Pour une mise en demeure ordinaire, quarante-huit heures à huit jours constituent une durée usuelle. Pour une mise en demeure visant la présomption de démission, le délai ne peut être inférieur à quinze jours.
Précise à qui adresser les pièces, par quel canal, et invite le salarié à prendre contact s’il rencontre une difficulté. Un courrier qui réclame sans indiquer comment répondre perd une partie de son efficacité.
Étape 3 : Reste factuel et évite toute qualification hâtive
C’est le point le plus important. Écris “absence non justifiée à ce jour” et non “absence injustifiée”, qui préjuge du caractère fautif. Ne parle ni d’abandon de poste, ni de faute, ni de sanction acquise tant que le salarié n’a pas répondu.
Une qualification prématurée se retourne systématiquement contre son auteur lorsqu’un motif légitime apparaît ensuite : hospitalisation, exercice du droit de retrait, participation à une grève, ou refus d’une modification unilatérale du contrat. Le règlement prévoit expressément ces motifs comme faisant obstacle à la présomption de démission.
Conseil d’expert : Adopte un ton neutre et ouvert, en invitant le salarié à faire connaître toute difficulté. Un courrier bienveillant obtient une réponse dans une large majorité des cas, alors qu’un courrier comminatoire pousse le salarié à se taire et à se retrancher derrière un avocat.
Étape 4 : Choisis le régime et dis-le clairement
Si l’objectif est simplement d’obtenir des explications, la lettre s’en tient là et annonce, en termes mesurés, qu’une procédure disciplinaire pourra être engagée en l’absence de justification.
Si l’objectif est de faire jouer la présomption de démission, la lettre doit demander expressément au salarié de justifier son absence et de reprendre son poste, fixer un délai d’au moins quinze jours, et l’informer qu’à défaut il sera présumé démissionnaire. Ces trois mentions sont indissociables.
Étape 5 : Envoie avec une preuve de réception
La lettre recommandée avec accusé de réception ou la remise en main propre contre décharge sont les seuls modes admis pour la mise en demeure visant la présomption de démission. Pour une mise en demeure ordinaire, le recommandé reste également la solution la plus sûre.
Adresse le courrier à la dernière adresse déclarée par le salarié. Un pli non retiré n’invalide pas la démarche dès lors que l’envoi est établi, mais il est prudent de doubler l’envoi d’un courriel lorsque l’adresse électronique professionnelle reste accessible.
Que doit contenir la mise en demeure ?
- L’identité de l’employeur et du salarié : Dénomination de l’entreprise, adresse, identité et fonction du signataire habilité, puis nom, prénom, poste, service et adresse personnelle du salarié telle qu’elle figure dans le dossier du personnel.
- Le constat de l’absence et les pièces manquantes : Dates précises des journées d’absence constatées, mention des démarches de contact déjà entreprises avec leurs dates, et liste des justificatifs attendus, notamment l’avis d’arrêt de travail lorsqu’il a été annoncé mais non reçu.
- Le rappel de l’obligation de justification : Référence à la clause du contrat, à l’article du règlement intérieur ou à la stipulation conventionnelle imposant au salarié de signaler et de justifier ses absences, avec le délai qui y est prévu.
- La demande de justification et le délai accordé : Injonction claire de produire les justificatifs, délai chiffré courant à compter de la réception, coordonnées du destinataire des pièces et invitation à signaler toute difficulté rencontrée.
- La demande de reprise du poste le cas échéant : Lorsque l’employeur entend faire jouer la présomption de démission, la lettre enjoint expressément au salarié de reprendre son poste, dans un délai qui ne peut être inférieur à quinze jours.
- Les conséquences possibles en cas de silence : Annonce mesurée des suites envisagées, procédure disciplinaire pour une mise en demeure ordinaire, ou information expresse que le salarié sera présumé démissionnaire s’il ne reprend pas le travail sans motif légitime lorsque la présomption est visée.
- La date, la signature et le mode d’envoi : Courrier daté et signé par une personne habilitée, adressé par lettre recommandée avec accusé de réception ou remis en main propre contre décharge datée et signée.
Conseils pratiques pour l’employeur
- Envoie le courrier en recommandé avec accusé de réception : Ce mode est expressément exigé pour la mise en demeure visant la présomption de démission, aux côtés de la remise en main propre contre décharge. Il établit la date de réception, point de départ du délai accordé et pièce maîtresse du dossier.
- Vérifie l’adresse déclarée du salarié : Contrôle le dossier du personnel et le dernier bulletin de paie avant l’envoi. Un courrier adressé à une adresse obsolète fragilise toute la procédure, et un changement non signalé par le salarié doit être documenté pour lui être opposé.
- Distingue absence injustifiée et abandon de poste : Une absence non justifiée n’est pas nécessairement un abandon volontaire de poste. La présomption de démission suppose une volonté d’abandonner le poste, et le salarié peut invoquer un motif légitime, notamment des raisons médicales, l’exercice du droit de retrait ou du droit de grève, ou le refus d’une modification unilatérale de son contrat.
- Choisis ta voie et ne la mélange pas : La question de savoir si l’employeur conserve la faculté de licencier pour faute plutôt que d’invoquer la présomption reste discutée, ni la loi ni le décret ne la tranchant expressément. Un courrier hybride, qui annonce à la fois une sanction et une présomption de démission, expose à une requalification : mieux vaut arrêter une stratégie et s’y tenir.
- Retiens le salaire sans en faire une sanction : La retenue proportionnelle à la durée de l’absence n’est pas une sanction pécuniaire prohibée mais la simple contrepartie du travail non fourni. Elle doit être strictement proportionnée et apparaître clairement sur le bulletin de paie.
- Respecte le préalable à toute sanction : Aucune sanction ne peut être prononcée sans que le salarié ait été mis en mesure de s’expliquer. La mise en demeure remplit ce rôle, mais une sanction supérieure à l’avertissement suppose en outre la convocation à un entretien préalable dans les formes légales.
Conseil d’expert : Conserve un dossier chronologique complet : relevés de présence, traces des tentatives de contact, copie de la mise en demeure, accusé de réception ou décharge, et réponse du salarié. C’est cette chronologie, et non l’absence elle-même, qui déterminera l’issue d’un éventuel contentieux.
Points clés à retenir
La lettre de mise en demeure de justifier une absence est le premier acte à poser face à un salarié absent sans nouvelle, et sa rédaction engage la suite de la procédure. Deux régimes doivent être soigneusement distingués. La mise en demeure ordinaire constate les dates d’absence, réclame les justificatifs sous un délai bref et prépare, le cas échéant, une procédure disciplinaire. La mise en demeure de l’article R. 1237-13 du Code du travail vise à faire jouer la présomption de démission : elle enjoint de justifier l’absence et de reprendre le poste, fixe un délai qui ne peut être inférieur à quinze jours, et doit informer le salarié qu’à défaut de reprise sans motif légitime il sera présumé démissionnaire, mention que le Conseil d’État a rendue déterminante en décembre 2024.
Dans les deux cas, trois réflexes s’imposent : rester strictement factuel et ne jamais qualifier l’absence comme injustifiée avant d’avoir la réponse du salarié, envoyer par un mode conférant date certaine, et conserver la chronologie complète des démarches.






