Qu’est-ce que la rupture d’un contrat d’apprentissage d’un commun accord ?
Le contrat d’apprentissage est un contrat de travail d’un type particulier, qui associe une formation pratique en entreprise et une formation théorique en centre de formation d’apprentis. Il ne se rompt pas comme un contrat ordinaire : les cas de rupture sont strictement encadrés.
La rupture contrat d’apprentissage d’un commun accord repose sur la volonté concordante des deux parties, constatée par un écrit signé. Elle ne suppose aucun motif, aucune procédure préalable et aucune autorisation : l’accord lui-même suffit, dès lors qu’il est libre et non équivoque.
Depuis la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, la saisine préalable du conseil de prud’hommes n’est plus exigée pour rompre un contrat d’apprentissage. Cette simplification a rendu la rupture d’un commun accord nettement plus accessible, mais elle n’a pas supprimé les formalités d’information du centre de formation et de l’opérateur de compétences, qui restent obligatoires.
Quand rompre le contrat d’apprentissage d’un commun accord ?
1. Après la période des quarante-cinq jours
Pendant les quarante-cinq premiers jours de formation pratique en entreprise, consécutifs ou non, chacune des parties peut rompre unilatéralement, sans motif, sans préavis et sans indemnité. L’accord de l’autre n’est pas requis.
Attention au décompte : ces quarante-cinq jours se comptent en jours de présence effective en entreprise, et non en jours calendaires depuis la signature. Les périodes passées au centre de formation n’entrent pas dans ce calcul, ce qui repousse souvent le terme de plusieurs mois.
2. Lorsque les deux parties sont d’accord
Passé ce délai, la rupture d’un commun accord suppose un accord écrit signé des deux parties. Cet accord doit être explicite : un simple échange de messages ou une acceptation verbale ne suffit pas.
La volonté doit également être libre. Un accord obtenu sous pression, ou présenté à l’apprenti comme la seule issue face à une sanction annoncée, s’expose à une contestation pour vice du consentement, avec à la clé une requalification en rupture abusive.
3. En alternative à une rupture unilatérale
Après les quarante-cinq jours, l’employeur ne peut rompre unilatéralement que dans des cas limités : faute grave de l’apprenti, inaptitude constatée par le médecin du travail, force majeure, ou exclusion définitive du centre de formation. Hors de ces hypothèses, une rupture imposée est abusive.
L’apprenti, de son côté, peut démissionner mais seulement après avoir saisi le médiateur de l’apprentissage, informé son employeur dans un délai minimal de cinq jours calendaires après cette saisine, puis respecté un délai d’au moins sept jours calendaires avant que la rupture ne prenne effet. L’accord amiable évite à chacun ces contraintes.
4. Lorsque la situation est bloquée sans faute
Mésentente durable, projet professionnel réorienté, activité de l’entreprise ne correspondant plus au référentiel de formation, déménagement de l’apprenti : ces situations ne relèvent d’aucun des cas de rupture unilatérale et n’impliquent aucune faute.
L’accord amiable est alors la seule voie praticable. Il permet de libérer l’apprenti pour rechercher un nouvel employeur sans attendre le terme du contrat, et d’éviter à l’entreprise une relation dégradée jusqu’à l’échéance.
Comment rédiger l’accord de rupture correctement ?
Etape 1 : Formaliser l’accord par écrit
L’écrit est une condition de validité, pas une précaution. L’accord doit constater sans ambiguïté la volonté commune des deux parties de mettre fin au contrat, et être signé par chacune d’elles.
Il est établi en autant d’exemplaires originaux que de signataires, chacun en conservant un. Faire précéder la signature de la mention manuscrite « bon pour accord » renforce la démonstration du caractère libre et éclairé du consentement.
Conseil d’expert : Vérifie d’abord que les quarante-cinq jours de formation pratique sont bien écoulés, en reprenant le planning d’alternance. Si tu es encore dans cette période, la rupture est libre et unilatérale : rédiger un accord bilatéral complique inutilement une démarche qui ne requiert qu’une notification écrite.
Etape 2 : Faire signer le représentant légal si l’apprenti est mineur
Lorsque l’apprenti est mineur, l’acte de rupture doit être signé conjointement par son représentant légal. Une signature manquante prive l’accord de sa validité et laisse le contrat en vigueur.
La loi prévoit une solution lorsque le représentant légal ne répond pas : l’apprenti peut solliciter le médiateur de l’apprentissage, qui intervient dans un délai maximal de quinze jours calendaires à compter de sa demande afin d’obtenir son accord ou son refus sur l’acte de rupture.
Etape 3 : Fixer la date de fin du contrat
L’accord indique la date à laquelle le contrat prend fin, qui correspond au dernier jour travaillé. Cette date est librement déterminée par les parties : aucun préavis n’est imposé en cas de rupture d’un commun accord.
Prévois un délai suffisant pour organiser la sortie, restituer le matériel et préparer les documents de fin de contrat. Une date fixée au lendemain de la signature complique la paie et expose à des oublis sur le solde de tout compte.
Conseil d’expert : Coordonne la date de fin avec le calendrier du centre de formation. Une rupture prononcée au milieu d’un cycle laisse l’apprenti dans une situation délicate, alors qu’un décalage de quelques semaines lui permet souvent d’achever une période de formation et de rechercher un nouvel employeur en meilleure position.
Etape 4 : Informer le CFA et l’opérateur de compétences
La rupture doit être notifiée par écrit au directeur du centre de formation d’apprentis et à l’opérateur de compétences auprès duquel le contrat a été déposé. Cette double notification est obligatoire, quelle que soit la cause de la rupture.
Elle n’est pas une simple formalité administrative. Elle déclenche la prise en charge du maintien de la formation de l’apprenti par le centre, et conditionne la régularisation du financement du contrat auprès de l’opérateur de compétences.
Etape 5 : Préparer les documents de fin de contrat
L’apprenti étant un salarié, la fin du contrat ouvre droit aux mêmes documents que pour tout autre : certificat de travail, reçu pour solde de tout compte et attestation destinée à l’organisme d’assurance chômage.
Le solde de tout compte comprend le dernier salaire, l’indemnité compensatrice de congés payés et, le cas échéant, les primes dont les conditions d’attribution sont remplies. Aucune indemnité de rupture n’est due en cas d’accord amiable, sauf stipulation contraire.
Que doit contenir l’accord de rupture ?
- L’identité de l’employeur et de l’apprenti : Dénomination de l’entreprise, adresse, numéro SIREN et identité du signataire habilité, puis nom, prénom, date de naissance et adresse de l’apprenti, ainsi que l’identité de son représentant légal lorsqu’il est mineur.
- La référence au contrat d’apprentissage : Date de signature et de prise d’effet du contrat, durée prévue et date d’échéance initiale, intitulé du diplôme ou du titre préparé, nom du centre de formation et identité du maître d’apprentissage.
- L’expression de la volonté commune de rompre : Mention explicite indiquant que les deux parties conviennent de mettre fin au contrat d’un commun accord, sur le fondement de l’article L. 6222-18 du Code du travail, sans qu’aucune faute ne soit reprochée à l’une ou à l’autre.
- La date d’effet de la rupture : Date précise à laquelle le contrat prend fin, correspondant au dernier jour travaillé, écrite en toutes lettres et en chiffres pour écarter toute ambiguïté.
- Le constat de l’absence de litige : Mention indiquant que les parties ne conservent aucune réclamation l’une envers l’autre au titre de l’exécution du contrat, sous réserve du versement des sommes dues au solde de tout compte.
- Les documents et sommes remis à l’apprenti : Liste des documents de fin de contrat et détail des sommes versées, dernier salaire, indemnité compensatrice de congés payés et primes éventuelles, avec leur date de versement.
- Les signatures et le nombre d’exemplaires : Date et lieu de signature, mention manuscrite « bon pour accord », signature de l’employeur, de l’apprenti et de son représentant légal s’il est mineur, en autant d’exemplaires originaux que de signataires.
Conseils pratiques pour la rupture d’un commun accord
- Informe le CFA de la rupture : La notification écrite au directeur du centre de formation d’apprentis est obligatoire. Elle déclenche le dispositif permettant à l’apprenti de poursuivre sa formation pendant une période déterminée, le temps de retrouver un employeur, et son omission prive l’intéressé de cette protection.
- Notifie également l’opérateur de compétences : Le contrat ayant été déposé auprès de l’OPCO, la rupture doit lui être notifiée pour régulariser le financement. Cette formalité est distincte de l’information du centre de formation et les deux doivent être accomplies.
- Vérifie le décompte des quarante-cinq jours : Ils se comptent en jours de formation pratique effective en entreprise, consécutifs ou non, à l’exclusion des périodes passées au centre de formation. Confondre ce décompte avec des jours calendaires conduit à appliquer le mauvais régime de rupture.
- Fais signer le représentant légal d’un apprenti mineur : Sa signature conjointe est une condition de validité de l’acte. En cas d’absence de réponse de sa part, l’apprenti peut saisir le médiateur de l’apprentissage, qui dispose de quinze jours calendaires pour recueillir son accord ou son refus.
- Remets les documents de fin de contrat : Certificat de travail, reçu pour solde de tout compte et attestation destinée à l’assurance chômage. Ces documents sont quérables et doivent être disponibles à la date de sortie, tout retard exposant l’employeur à des dommages et intérêts.
- Conserve un exemplaire signé : Accord de rupture, preuves de notification au centre de formation et à l’opérateur de compétences, copie des documents de fin de contrat. Cette chaîne documentaire est la seule à pouvoir établir la régularité de la rupture si elle est contestée.
Conseil d’expert : Préfère toujours l’accord amiable à une rupture unilatérale contestable. Après les quarante-cinq jours, une rupture imposée hors des cas prévus par la loi est abusive, et l’apprenti peut réclamer une indemnité correspondant aux rémunérations qu’il aurait perçues jusqu’au terme de son contrat. Sur un contrat de deux ans, l’enjeu est considérable.
Points clés à retenir
La rupture du contrat d’apprentissage d’un commun accord est la voie de sortie la plus simple après les quarante-cinq premiers jours de formation pratique en entreprise, période pendant laquelle chaque partie peut encore rompre librement et unilatéralement. Elle suppose un accord écrit signé des deux parties, contresigné par le représentant légal lorsque l’apprenti est mineur, exprimant sans ambiguïté une volonté commune et libre de mettre fin au contrat. Aucun motif, aucun préavis et aucune indemnité ne sont exigés, et la date d’effet est librement fixée. Deux formalités restent impératives : la notification écrite de la rupture au directeur du centre de formation d’apprentis et à l’opérateur de compétences, puis la remise des documents de fin de contrat. Hors de cet accord, l’employeur ne peut rompre que pour faute grave, inaptitude, force majeure ou exclusion définitive du centre de formation, et une rupture imposée hors de ces cas expose à une indemnité correspondant aux salaires restant à courir.




