Qu’est-ce que la rupture d’un contrat d’apprentissage pendant la période d’essai ?
Le contrat d’apprentissage associe une formation pratique en entreprise et une formation théorique en centre de formation d’apprentis. C’est un contrat de travail d’un type particulier, dont les cas de rupture sont limitativement encadrés par la loi.
Les quarante-cinq premiers jours de formation pratique en entreprise constituent une période probatoire pendant laquelle ce cadre ne s’applique pas encore. Chacune des parties peut y mettre fin au contrat sans avoir à se justifier, sans préavis et sans verser d’indemnité, sauf stipulation contraire du contrat.
Au-delà, le régime bascule entièrement. La rupture contrat d’apprentissage ne peut plus intervenir que par accord écrit des deux parties, ou dans les cas limitativement prévus : faute grave, inaptitude constatée par le médecin du travail, force majeure, exclusion définitive du centre de formation. L’apprenti, lui, ne peut démissionner qu’après avoir saisi le médiateur de l’apprentissage.
Quand rompre le contrat pendant la période d’essai ?
1. Pendant les quarante-cinq premiers jours en entreprise
La période se compte en jours de formation pratique effective en entreprise, consécutifs ou non. Les périodes passées au centre de formation n’entrent pas dans ce décompte, pas plus que les absences pour maladie, congés ou jours fériés chômés.
La conséquence est contre-intuitive. Sur un rythme d’alternance classique, quarante-cinq jours de présence en entreprise peuvent représenter quatre à six mois de calendrier. La période probatoire court donc bien plus longtemps que ne le croient la plupart des employeurs et des apprentis.
2. À l’initiative de l’employeur ou de l’apprenti
Le droit de rompre appartient symétriquement aux deux parties. L’employeur peut mettre fin au contrat s’il constate que l’apprenti ne convient pas au poste, et l’apprenti peut partir s’il découvre que le métier ou l’entreprise ne correspond pas à son projet.
Lorsque l’apprenti est mineur, son représentant légal doit signer l’acte de rupture conjointement avec lui. Cette exigence s’applique quelle que soit la partie à l’initiative de la rupture et conditionne la validité de l’acte.
3. Sans motif à justifier
Aucune motivation n’est exigée, aucune procédure n’est imposée : ni entretien préalable, ni convocation, ni formalité particulière. La rupture est libre et n’a pas à être expliquée.
Cette liberté connaît les mêmes limites que toute rupture d’essai. Elle ne peut reposer sur un motif discriminatoire, ni être détournée de sa finalité, qui est de vérifier que l’apprenti convient au poste et que la formation se déroule correctement.
4. Avant que la période probatoire ne s’achève
C’est la date de notification qui compte, et non la date d’effet envisagée. Une rupture notifiée le quarante-cinquième jour de présence est régulière, une rupture notifiée le lendemain ne l’est plus.
Passé ce terme, une rupture unilatérale de l’employeur hors des cas prévus par la loi est abusive. L’apprenti peut alors réclamer une indemnité correspondant aux rémunérations qu’il aurait perçues jusqu’au terme de son contrat, ce qui représente souvent plusieurs mois, voire plus d’un an de salaire.
Comment notifier la rupture correctement ?
Etape 1 : Respecter la computation des quarante-cinq jours
Avant toute démarche, reprends le planning d’alternance et compte les jours de présence effective en entreprise depuis le début du contrat, en excluant les périodes au centre de formation et les absences.
Ce calcul détermine le régime applicable et conditionne tout le reste. Se tromper dans un sens conduit à appliquer une procédure inutilement lourde, se tromper dans l’autre expose à une rupture abusive assortie d’une indemnité substantielle.
Conseil d’expert : Tiens un décompte à jour des journées passées en entreprise dès le début du contrat, dans un simple tableau. Les employeurs reconstituent ce calcul dans l’urgence au moment où ils envisagent la rupture, et c’est précisément là que les erreurs se produisent.
Etape 2 : Notifier la rupture par écrit
Aucun texte n’impose formellement l’écrit pour l’acte de rupture lui-même, mais s’en dispenser est imprudent. Seul un écrit permet d’établir la date de notification, qui détermine si la rupture est intervenue à l’intérieur de la période probatoire.
La lettre recommandée avec accusé de réception et la remise en main propre contre décharge datée et signée sont les deux modes à privilégier. Un échange oral, un message ou un courriel ne prouvent rien si la régularité de la rupture est contestée.
Etape 3 : Faire signer le représentant légal d’un apprenti mineur
Lorsque l’apprenti est mineur, l’acte de rupture doit être signé conjointement par son représentant légal. Une signature manquante prive l’acte de sa validité et laisse le contrat en vigueur.
La loi prévoit une solution lorsque le représentant légal ne répond pas : l’apprenti peut solliciter le médiateur de l’apprentissage, qui intervient dans un délai maximal de quinze jours calendaires à compter de sa demande afin d’obtenir son accord ou son refus sur l’acte de rupture.
Etape 4 : Informer le centre de formation et l’opérateur de compétences
La rupture doit être notifiée par écrit au directeur du centre de formation d’apprentis et à l’opérateur de compétences auprès duquel le contrat a été déposé. Cette double notification est obligatoire, quel que soit le moment de la rupture.
Elle n’est pas une simple formalité administrative. Elle déclenche le dispositif permettant à l’apprenti de poursuivre sa formation pendant une période déterminée, le temps de retrouver un employeur, et conditionne la régularisation du financement du contrat.
Conseil d’expert : Adresse les deux notifications le jour même de la rupture, sans attendre. L’apprenti qui perd son contrat a besoin que son centre de formation soit informé immédiatement pour continuer à suivre ses cours et chercher une nouvelle entreprise : un retard de deux semaines peut lui coûter son année.
Etape 5 : Préparer les documents de fin de contrat
L’apprenti étant un salarié, la fin du contrat ouvre droit aux mêmes documents que pour tout autre : certificat de travail, reçu pour solde de tout compte et attestation destinée à l’organisme d’assurance chômage.
Le solde comprend le salaire dû au prorata du temps de présence et l’indemnité compensatrice de congés payés. Aucune indemnité de rupture n’est due au titre de la rupture pendant la période probatoire, sauf stipulation contraire du contrat.
Que doit contenir la lettre de rupture ?
- L’identité de l’employeur et de l’apprenti : Dénomination de l’entreprise, adresse, numéro SIREN et identité du signataire habilité, puis nom, prénom, date de naissance et adresse de l’apprenti, ainsi que l’identité de son représentant légal lorsqu’il est mineur.
- La référence au contrat d’apprentissage : Date de signature et de prise d’effet du contrat, durée prévue, intitulé du diplôme ou du titre préparé, nom du centre de formation et identité du maître d’apprentissage.
- Le fondement de la rupture : Mention expresse que la rupture intervient pendant les quarante-cinq premiers jours de formation pratique en entreprise, sur le fondement de l’article L. 6222-18 du Code du travail.
- Le décompte des jours de présence : Indication du nombre de jours de formation pratique effectivement accomplis en entreprise à la date de notification, élément qui établit que la rupture intervient bien dans la période probatoire.
- La date d’effet de la rupture : Date précise à laquelle le contrat prend fin, étant rappelé qu’aucun préavis n’est exigé pendant cette période, et que la date de notification est celle qui détermine la régularité de la rupture.
- Les sommes versées et leur nature : Salaire dû au prorata du temps de présence et indemnité compensatrice de congés payés, chacune identifiée distinctement, aucune indemnité de rupture n’étant due pendant la période probatoire.
- Les signatures et les notifications à accomplir : Date et signature de l’employeur, de l’apprenti et de son représentant légal s’il est mineur, puis mention des notifications adressées au directeur du centre de formation et à l’opérateur de compétences.
Conseils pratiques pour la rupture pendant la période d’essai
- Décompte correctement les quarante-cinq jours en entreprise : Ils se comptent en jours de formation pratique effective, consécutifs ou non, à l’exclusion des périodes au centre de formation et des absences. Sur un rythme d’alternance classique, cela représente souvent quatre à six mois de calendrier, bien plus que ne le croient les parties.
- Notifie la rupture par écrit : Lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge datée. C’est la date de notification, et non la date d’effet, qui détermine si la rupture est intervenue à l’intérieur de la période probatoire.
- Informe le CFA sans délai : La notification écrite au directeur du centre de formation est obligatoire et conditionne la prise en charge de l’apprenti, à qui la loi garantit la poursuite de sa formation pendant une période déterminée le temps de retrouver un employeur.
- N’oublie pas l’opérateur de compétences : Le contrat ayant été déposé auprès de l’OPCO, la rupture doit également lui être notifiée pour régulariser le financement. Cette formalité est distincte de l’information du centre de formation et les deux doivent être accomplies.
- Fais signer le représentant légal d’un apprenti mineur : Sa signature conjointe est une condition de validité de l’acte. En cas d’absence de réponse de sa part, l’apprenti peut saisir le médiateur de l’apprentissage, qui dispose de quinze jours calendaires pour recueillir son accord ou son refus.
- Conserve un exemplaire écrit : Acte de rupture signé, preuves de notification au centre de formation et à l’opérateur de compétences, décompte des jours de présence et copie des documents de fin de contrat. Cette chaîne documentaire est la seule à pouvoir établir la régularité de la rupture.
Conseil d’expert : En cas de doute sur le décompte des quarante-cinq jours, traite la rupture comme si la période probatoire était achevée et recherche un accord écrit avec l’apprenti. Une rupture d’un commun accord est valable dans les deux cas, alors qu’une rupture unilatérale intervenue un jour trop tard expose à une indemnité équivalente aux salaires restant à courir jusqu’au terme du contrat.
Points clés à retenir
La rupture d’un contrat d’apprentissage pendant la période d’essai est libre pour les deux parties : aucun motif à justifier, aucun préavis, aucune indemnité, aucune procédure particulière.
Tout se joue sur le décompte des quarante-cinq jours prévus par l’article L. 6222-18 du Code du travail, qui se comptent en jours de formation pratique effective en entreprise, consécutifs ou non, à l’exclusion des périodes passées au centre de formation et des absences.
Sur un rythme d’alternance classique, cette période probatoire s’étend souvent sur quatre à six mois de calendrier, ce qui surprend régulièrement les employeurs. La date de notification est seule déterminante : au-delà du terme, une rupture unilatérale hors des cas prévus par la loi est abusive et expose à une indemnité correspondant aux rémunérations restant à courir jusqu’au terme du contrat. Trois formalités s’imposent enfin : un écrit permettant d’établir la date, la signature du représentant légal lorsque l’apprenti est mineur, et la notification au directeur du centre de formation ainsi qu’à l’opérateur de compétences.




