Qu’est-ce que l’information de la DREETS lors d’un licenciement économique ?
La DREETS est la direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités. Elle exerce, au niveau régional, les missions de contrôle et d’accompagnement en matière de droit du travail, relayée au niveau départemental par les directions départementales de l’emploi, du travail et des solidarités.
Dans un licenciement économique, son rôle varie considérablement selon l’ampleur de la procédure. Pour les grands licenciements collectifs accompagnés d’un plan de sauvegarde de l’emploi, elle intervient en amont, valide ou homologue le plan et contrôle le déroulement. Pour les licenciements de moins de dix salariés, son intervention est purement informative et a posteriori.
Cette information n’est donc ni une demande d’autorisation, ni un contrôle préalable. L’employeur n’attend aucune réponse et peut procéder au licenciement sans accord de l’administration. Il s’agit d’une déclaration statistique et de suivi, qui permet aux services de l’État de connaître les mouvements d’emploi sur leur territoire et, le cas échéant, d’accompagner les salariés concernés.
Quand informer la DREETS ?
1. Après la notification du licenciement au salarié
L’information intervient en aval de la procédure, une fois la lettre de licenciement envoyée au salarié concerné. Elle ne conditionne en rien la validité de la rupture et n’a pas à être accomplie avant.
Cette chronologie distingue nettement le régime des petits licenciements de celui des procédures avec plan de sauvegarde de l’emploi, où la notification du projet à l’administration précède au contraire l’envoi des lettres et déclenche des délais à respecter impérativement.
2. Dans les huit jours suivant l’envoi de la lettre
Le délai court à compter de l’envoi de la lettre de licenciement au salarié, et non de sa réception par celui-ci. Il s’agit de huit jours calendaires, ce qui laisse peu de marge et impose de préparer la déclaration en amont.
En pratique, le plus simple est de rédiger la déclaration le jour même où la lettre de licenciement part, et de l’adresser dans la foulée. Attendre la fin du délai expose à un oubli au moment précis où l’attention se porte sur le solde de tout compte et les documents de fin de contrat.
3. Pour les licenciements individuels comme collectifs
Le texte vise les licenciements pour motif économique de moins de dix salariés sur une même période de trente jours. Un licenciement individuel relève donc de cette obligation au même titre qu’un licenciement de deux à neuf salariés.
C’est le point le plus fréquemment méconnu. De nombreux employeurs considèrent qu’une rupture isolée échappe à toute formalité administrative, alors que l’obligation déclarative s’applique dès le premier salarié licencié pour un motif économique.
4. Indépendamment de la taille de l’entreprise
Aucun seuil d’effectif n’exonère de cette obligation. Une entreprise de trois salariés qui en licencie un pour motif économique doit informer l’administration dans les mêmes conditions qu’une société de deux cents personnes.
Le régime diffère en revanche lorsque le projet concerne au moins dix salariés sur trente jours : la procédure devient bien plus lourde, avec notification préalable du projet, délais à respecter avant l’envoi des lettres, et contrôle actif de l’administration.
Comment rédiger la lettre correctement ?
Etape 1 : Identifier la DREETS compétente
La déclaration s’adresse au service territorialement compétent, c’est-à-dire celui du département dans lequel est situé l’établissement qui emploie le salarié licencié, et non celui du siège social lorsqu’il se trouve ailleurs.
En pratique, les démarches relèvent de la direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités, qui constitue l’échelon de proximité de la DREETS. Les coordonnées et les modalités d’envoi sont publiées sur le site régional de la direction concernée.
Conseil d’expert : Vérifie sur le site de ta DREETS régionale le format attendu avant d’envoyer. Certaines directions mettent à disposition un formulaire type reprenant exactement les mentions réglementaires, d’autres orientent vers un téléservice. Utiliser le canal prévu localement évite les relances et les envois à refaire.
Etape 2 : Transmettre les informations requises
L’article D. 1233-3 énumère précisément ce que l’employeur doit préciser : son nom et son adresse, la nature de l’activité et l’effectif de l’entreprise ou de l’établissement, puis les nom, prénoms, nationalité, date de naissance, sexe, adresse, emploi et qualification du ou des salariés licenciés, et enfin la date de notification des licenciements aux salariés concernés.
Cette liste est limitative et suffisante. Il n’est pas nécessaire de joindre la lettre de licenciement, ni de détailler le motif économique, ni de produire des justificatifs comptables : la déclaration est un relevé d’informations, pas un dossier de justification.
Conseil d’expert : Prépare un modèle interne reprenant les huit mentions réglementaires, à compléter à chaque procédure. Les omissions portent presque toujours sur les mêmes champs, la nationalité et le sexe du salarié, qui n’apparaissent dans aucun autre document de la procédure et qu’il faut aller chercher au dossier du personnel.
Etape 3 : Respecter le délai d’information
Les huit jours courent à compter de l’envoi de la lettre de licenciement. Note cette échéance dans ton calendrier au moment même où tu postes le recommandé, plutôt que de t’y fier de mémoire.
Si plusieurs salariés sont concernés sur une même période de trente jours, une déclaration unique reprenant l’ensemble des salariés peut être adressée, à condition qu’elle intervienne dans les huit jours de chacun des envois ou, à défaut, qu’une déclaration distincte soit faite pour chaque vague de notification.
Etape 4 : Conserver un justificatif d’envoi
L’envoi se fait par lettre recommandée avec accusé de réception ou par le téléservice lorsqu’il est proposé. Dans les deux cas, conserve la preuve de la transmission et de sa date.
Cette preuve est la seule façon de démontrer le respect du délai de huit jours si la question se pose ultérieurement, notamment lors d’un contentieux prud’homal où le salarié invoquerait une irrégularité de procédure.
Etape 5 : Classer la déclaration au dossier de la procédure
La déclaration et son justificatif d’envoi rejoignent le dossier complet de la procédure : convocation à l’entretien préalable, compte rendu éventuel, lettre de licenciement, documents relatifs au reclassement et au contrat de sécurisation professionnelle.
Ce classement n’a rien de formel. En cas de contestation, c’est la cohérence et la complétude de ce dossier qui démontreront que l’employeur a mené la procédure dans les règles, de la convocation jusqu’à la déclaration administrative.
Que doit contenir la lettre ?
- Le nom et l’adresse de l’employeur : Dénomination sociale, forme juridique, adresse du siège et adresse de l’établissement concerné lorsqu’elle diffère, ainsi que le numéro SIRET permettant d’identifier précisément l’établissement.
- La nature de l’activité et l’effectif : Activité réelle de l’entreprise ou de l’établissement, et nombre de salariés employés, ces deux éléments figurant expressément parmi les mentions exigées par l’article D. 1233-3 du Code du travail.
- L’identité complète du salarié licencié : Nom, prénoms, nationalité, date de naissance, sexe et adresse personnelle. Ces mentions sont imposées par le texte et leur omission rend la déclaration non conforme.
- L’emploi et la qualification du salarié : Intitulé du poste occupé et qualification telle qu’elle résulte de la classification conventionnelle applicable, avec le niveau ou le coefficient hiérarchique.
- La date de notification du licenciement : Date d’envoi de la lettre de licenciement au salarié concerné, qui constitue également le point de départ du délai de huit jours imparti pour la déclaration.
- Le motif économique invoqué : Indication sommaire de la cause retenue, difficultés économiques, mutations technologiques, réorganisation ou cessation d’activité. Cette précision n’est pas exigée par le texte mais figure sur la plupart des formulaires mis à disposition.
- La date, la signature et les coordonnées de contact : Déclaration datée et signée par une personne habilitée à engager l’entreprise, avec un interlocuteur identifié et ses coordonnées pour toute demande complémentaire de l’administration.
Conseils pratiques pour l’information de la DREETS
- Utilise le formulaire ou le portail dédié : De nombreuses directions départementales mettent à disposition un formulaire reprenant exactement les mentions réglementaires, et les procédures de licenciement collectif sont dématérialisées sur un portail national. Vérifie le canal attendu localement avant d’envoyer.
- Respecte le délai de huit jours : Il court à compter de l’envoi de la lettre de licenciement au salarié, et non de sa réception. Le réflexe le plus sûr consiste à préparer la déclaration le jour même où part le recommandé, et à l’adresser dans la foulée.
- N’oublie pas les licenciements individuels : L’obligation vise tout licenciement économique de moins de dix salariés sur trente jours, ce qui inclut une rupture isolée. C’est l’omission la plus fréquente, par conviction erronée que l’administration n’intervient que dans les procédures collectives.
- Adresse la déclaration au service du lieu de l’établissement : La compétence territoriale suit l’établissement qui emploie le salarié, et non le siège social lorsqu’il est situé dans un autre département. Un envoi au mauvais service retarde la prise en compte et complique la preuve du respect du délai.
- Vérifie les mentions les moins évidentes : Nationalité, sexe et date de naissance du salarié figurent parmi les mentions exigées et n’apparaissent dans aucun autre document de la procédure. Il faut les relever au dossier du personnel, ce qui suppose d’anticiper.
- Conserve un justificatif d’envoi : Accusé de réception ou confirmation de dépôt sur le téléservice. C’est la seule pièce permettant d’établir le respect du délai de huit jours si une irrégularité de procédure est invoquée devant le conseil de prud’hommes.
Conseil d’expert : Intègre cette déclaration à ta liste de contrôle de fin de procédure, aux côtés du solde de tout compte, du certificat de travail et de l’attestation destinée à l’assurance chômage. L’oubli ne vient presque jamais d’une méconnaissance de la règle, mais du fait que l’attention se déporte entièrement sur les documents remis au salarié.
Points clés à retenir
L’information de la DREETS est une obligation déclarative simple mais fréquemment oubliée, imposée par l’article D. 1233-3 du Code du travail pour tout licenciement pour motif économique de moins de dix salariés sur une même période de trente jours, licenciements individuels compris et quelle que soit la taille de l’entreprise.
Elle intervient dans les huit jours suivant l’envoi de la lettre de licenciement au salarié, auprès du service compétent pour le lieu de l’établissement concerné, et se borne à transmettre une liste limitative de mentions : identité et adresse de l’employeur, nature de l’activité et effectif, puis nom, prénoms, nationalité, date de naissance, sexe, adresse, emploi et qualification du salarié licencié, et date de notification.
Elle ne constitue ni une demande d’autorisation ni un contrôle préalable, et l’employeur n’attend aucune réponse. Son omission n’annule pas le licenciement mais constitue une irrégularité de procédure, passible d’une amende et susceptible d’ouvrir droit à indemnisation.



